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Le Carnet du Champ · Folio III

Le nom d'une plante aux mille usages

Pourquoi un producteur de CBD tourangeau porte-t-il le nom d'un chapitre de Rabelais ? L'histoire commence quatre siècles avant la nôtre, à quelques lieues d'ici.

Producteur-Récoltant · Touraine

E n 1546, dans son Tiers Livre, François Rabelais consacre trois chapitres entiers à une plante qu'il baptise Pantagruélion. Le nom est un hommage à son géant, Pantagruel — mais la plante, elle, est bien réelle : c'est le chanvre, Cannabis sativa, cultivé depuis des siècles dans les campagnes françaises pour ses fibres, ses graines et son huile. Rabelais y voit un concentré d'ingéniosité humaine, et il le célèbre avec l'exubérance érudite qui le caractérise.

Planche botanique du Cannabis sativa — chromolithographie de l'atlas Köhler's Medizinal-Pflanzen, 1887, domaine public
Cannabis sativa L. — chromolithographie de l'atlas Köhler, 1887. La plante que Rabelais nommait Pantagruélion.

Chapitre IUne plante, mille usages

Le Pantagruélion de Rabelais n'a rien d'un objet de curiosité isolé. L'auteur en dresse un inventaire quasi encyclopédique : les fibres tressées en cordages pour les navires, tissées en voiles et en toiles, en habits robustes pour les gens de la terre. Les graines pressées pour leur huile. La plante entière érigée en symbole de l'ingéniosité qui permet à l'homme de traverser les mers et de bâtir des civilisations. Rabelais y voit une allégorie du progrès humain autant qu'une description botanique — un geste typique de son écriture, où l'érudition la plus sérieuse se glisse toujours sous le masque du comique.

Fais ce que voudras. — François Rabelais

Chapitre IIUne géographie qui n'a pas bougé

Rabelais naît vers 1483 (la date exacte reste discutée par les historiens) à La Devinière, aux portes de Chinon — à quelques lieues des champs que nous cultivons aujourd'hui. Ce n'est pas un hasard si le chanvre occupe une telle place dans son œuvre : la Touraine et le Val de Loire comptaient, à son époque, parmi les régions où cette culture était la plus répandue en France, aux côtés de la vigne qui a fait la réputation de cette même vallée.

Quatre siècles plus tard, la vigne est restée. Le chanvre, lui, avait presque disparu du paysage tourangeau — remplacé par d'autres cultures, d'autres usages, avant que la réglementation moderne n'autorise à nouveau, sous des conditions précises, la culture de variétés de chanvre pauvres en THC et riches en CBD.

Chapitre IIICe que nous ne prétendons pas

Il faut être précis ici, par honnêteté autant que par respect du texte : le Pantagruélion que célébrait Rabelais n'était pas cultivé pour le CBD, une molécule que la science n'isolera que quatre siècles plus tard. C'était une plante utilitaire — fibre, corde, toile, huile — pas un objet de dégustation. Nous ne prétendons pas que Rabelais ait anticipé notre usage actuel de la fleur. Ce que nous revendiquons, plus modestement, c'est une filiation : celle d'un rapport à la même plante, cultivée sur la même terre, avec la même exigence de patience et de savoir-faire qu'il décrivait déjà comme une culture noble, digne d'éloge.

C'est cette continuité — un même sol, une même plante, un usage qui a évolué avec son temps — que nous avons voulue dans le nom de notre maison. Non pas convoquer Rabelais pour habiller un produit, mais reconnaître une dette : celle d'écrire, à notre échelle et avec nos moyens, un nouveau chapitre à une histoire commencée bien avant nous.

À propos de cet article. Contenu à visée historique et culturelle, publié à titre informatif. Le CBD n'est pas un médicament et le Pantagruélion évoqué par Rabelais désignait un usage historique du chanvre distinct de la fleur de CBD que nous cultivons aujourd'hui. Vente strictement réservée aux personnes majeures (18 ans et plus).